Ces odeurs qui les rendent fous !

On ne compte plus les produits vendus dans le commerce qui sont imprégnés d’herbes attractives pour les chats. On ne compte pas non plus les produits chimiques ou naturels qui sont fabriqués pour calmer, attirer, apaiser ou éloigner les chats. Mais que valent-ils ? Que peux-t-on vraiment attendre de ces herbes et autres molécules olfactives ?

Le chat vit dans un monde olfactif qui nous échappe complètement. Une odeur qui seraient pour nous délicieuse lui serait parfaitement désagréable, et inversement : des fumets que nous ne supportons pas l’attirent invariablement. Humains et chats n’ont pas les mêmes références olfactives, et il y a même un nombre impressionnant de molécules chimiques auxquels sont réceptifs les chats et dont nous ne soupçonnons même pas l’existence. Les phéromones en sont les exemples typiques. Nous ne sentons les phéromones que le chat déposes sur nous lorsqu’il vient à se frotter contre nos jambes. Pourtant, elles ont bel et bien une existence tangible ! Et les chats ne s’y trompent pas. Mais ce n’est pas parce que le chat y réagit que cela représente pour autant pour lui une « odeur ». Peut-être y réagit-il sans que cela soit tinté d’un « parfum » particulier.

 

Une représentation olfactive

Nous fonctionnons surtout par notre vision. C’est grâce à notre vision que nous fabriquons une représentation dans l’espace de ce qui nous entoure. C’est également aussi beaucoup par l’usage de notre vue que nous communiquons (ne serait-ce que par la communication non verbale et para verbale mais aussi par la communication écrite). Or le chat fonctionne différemment. C’est surtout par son odorat qu’il communique et qu’il se représente l’espace, les lieux, les gens qu’il rencontre, les choses qui l’entourent. Cette carte est pleine d’informations sur la géographie de l’espace et sur les individus qui l’entourent (chats, hommes, femmes, enfants, malades etc.).

Ses références aux molécules olfactives lui sont donc essentielles pour se repérer.

Nous voyons nous-mêmes au quotidien que notre chat change son comportement selon les odeurs qu’il perçoit.

Il était donc légitime que les commerçant et particuliers cherchent à favoriser chez lui certains comportements en fabricant des produits aux odeurs diverses.

Les attractifs

Les rayons d’articles pour chats regorgent d’objets qui incluent des « plantes attractives pour les chats ». Le but étant de rendre le jouet, l’arbre à chat ou encore le coussin de repos particulièrement intéressant pour le chat. Généralement, les herbes employées sont la Cataire et la Valériane et parfois de l’herbe à chat séchée. Sous une forme d’herbes séchées, elle sont introduites dans les jouets ou dans le rembourrage des coussins. Elle peuvent parfois apparaître sous forme d’huiles essentielles ou de racines dans des préparations liquides. L’Herbe à chat est également vendue fraîche ou à faire pousser chez les fleuristes le plus souvent.

Leurs effets réels dépendent des chats. De fait, les chatons ne semblent pas réagir à ces plantes comme le font les chats adultes. Lorsqu’ils sont stérilisés, ils semblent y être encore moins réactifs que lorsqu’ils sont encore entiers.

D’autre part, tout dépend du chat : certains sont viscéralement « fous » de ces herbes : ils reniflent longuement, se roulent dedans et ronronnent semblant être littéralement transportés dans un autre monde. D’autres n’y prêtent pas attention. Certains chats se mettent à renifler longuement et à vouloir mordiller ou lécher les objets qui sont imprégnées de Valériane, de Cataire ou d’herbe à chat et de s’y frotter les joues.

On ne sait pas exactement pourquoi ces herbes ont des effets sur certains chats. Il semblerai que cela ait un lien de ressemblance avec certaines phéromones. Mais nous n’avons pas de certitudes.

L’eau de javel et certains produits ammoniaqués sont également réputés pour avoir des effets attractifs sur les chats. Idem pour les olives et plus particulièrement les noyaux d’olives. Les comportements déployés sont les mêmes qu’avec les plantes citées plus haut. Parfois, cela met en danger la vie du chat lorsque celui-ci est amené à vouloir boulotter et grignoter les éponges imbibées de javel.

Les répulsifs

Les répulsifs sont généralement utilisés pour décourager un chat de venir se faire les griffes à un endroit non désiré, ou bien pour l’empêcher d’uriner hors de sa litière. On les utilise aussi pour refuser l’accès à une pièce ou encore pour décourager le chat d’aller jouer dans les pots de terre.

Les répulsifs naturels sont le plus souvent fabriqués avec au choix : du vinaigre, de la moutarde, de la citronnelle ou à partir de la plante « Rue ».

Tous ceux qui les utilisent vous le diront : c’est très rarement efficace. Lorsque le chat met en œuvre un comportement, c’est qu’il en a besoin. Et le lieu qu’il choisit pour s’y exercer répond à des besoins très précis et à des règles bien définies. Par exemple, le chat se fait les griffes à tel endroit parce que pour sa communication visuelle, c’est le meilleur endroit et que nul part ailleurs cela n’aura ce sens.

Le paradoxe, c’est que non seulement on ne parvient pas à stopper le chat dans ses comportements, mais qu’en plus cela peut l’inciter à redoubler d’efforts pour « recouvrir » les odeurs intruses des siennes. Ainsi, en mettant du vinaigre sur le parquet pour décourager le chat de venir y uriner de nouveau, on s’expose à la possibilité qu’il y retourne encore plus rapidement pour y déposer ses propres odeurs. Son urine est de loin ce qui est le plus attirant et le plus rassurant pour lui.

En usant de répulsifs olfactifs, on perturbe la carte géographique du chat, ce qui peut sérieusement être source de stress et d’inquiétude pour lui. Cela va donc le pousser à augmenter ses comportements de marquages (par griffades ou en urinant ou déféquant) afin de rétablir des repères olfactifs apaisants et connus.

 

Les produits dits « apaisants »

Que ce soit les phéromones chimiques ou bien les lotions anti-stress, qu’elles soient naturelles (à base d’huiles essentielles) ou chimiques, elles comportent toujours le même risque : celui de perturber le chat plus qu’autre chose. En vaporisant des lotions anti-stress, on crée surtout une perturbation de son monde olfactif, et ce qui nous semblerai apaisant pour lui ne l’est pas nécessairement pour lui. Concernant les phéromones chimiques : le propre d’une phéromone est qu’elle est individuelle. Deux chats ne produisent pas les mêmes phéromones d’apaisement. D’autre part, comment être sûrs du message exact qui était émis par le chat « producteur » au moment du prélèvement qui a servi à la fabrication chimique des phéromones ?

 

Ne jouons pas les apprentis sorciers.

Le monde olfactif du chat nous est tellement inconnu et il est nocif de vouloir jouer avec en ajoutant telle ou telle odeurs pour obtenir de lui certaines réponses. Exemple typique de notre méconnaissance de ce monde : nous mettons des parfums de synthèse dans la litière du chat ou même des litières parfumées. Or, le chat a besoin de sentir ses propres odeurs pour se sentir bien et sécure dans son lieu de vie. Pour lui, l’odeur de son caca ou de son urine ne sent pas mauvais, bien au contraire ! C’est son moyen physique de marquer son territoire, de signaler sa présence, de se rassurer etc. Y introduire un parfum étranger est pénible et déroutant pour lui !

Nous jouons avec les attractifs que nous utilisons à toutes les sauces. Ce n’est pas parce que le chat adore se rouler dans la Valériane par exemple qu’il appréciera d’aller y uriner ou d’y faire ses griffes. Nous mélangeons tous allègrement sans prendre en compte des règles simples :

-Une molécule attractive n’est pas nécessairement attractive pour tout et partout. Nous n’aimerions pas vraiment dormir dans des draps imbibés de l’odeur de chocolat par exemple.

Le griffoir imbibé d’herbe à chat ne stimulera donc peut-être pas du tout un chat à y faire ses griffes mais juste à s’y frotter.

-Tous les chats sont différents. Il ne semble pas que l’on ait trouvé des odeurs ou molécules qui aient les même effets pour tous les chats.

En conclusion, ne jouons pas les apprentis sorciers avec un monde que nous ne connaissons pas ou si peu.